Xavier-Luc Duval esseulé sur le recensement ethnique

Xavier-Luc Duval esseulé sur le recensement ethnique
Sa prise de position et son argumentation sur ce sujet n’ont pas obtenu des échos escomptés auprès des leaders de principaux partis politiques, de chefs religieux, ainsi que de certains observateurs politiques

Le leader de l’Opposition, Xavier-Luc Duval, également leader du PMSD semble être esseulé sur le dossier de recensement ethnique. Sa prise de position et son argumentation sur ce sujet n’ont pas obtenu des échos escomptés auprès des leaders de principaux partis politiques, de chefs religieux, ainsi que de certains observateurs politiques. Il en a été fortement critiqué, d’autant plus que le PMSD est le seul parti politique à réclamer une telle mesure.

Il faut dire que c’est en marge du projet de réforme électorale, agrémentée d’une touche de représentation à la proportionnelle, présenté par le Premier ministre, Pravind Jugnauth que le leader des Bleus est monté au créneau pour faire ses revendications.  De ce fait, il insisté sur la nécessité d’effectuer un nouveau recensement ethnique et d’un meilleur redécoupage électoral.

D’emblée, c’est lors d’un congrès du PMSDau centre municipal Alex Velin, à Beau-Bassin, le 31 octobre que Xavier-Luc Duval est revenu sur le recensement ethnique. «A qui profite le crime ? Pourquoi est-on réticent de mener cet exercice qui devrait assurer une meilleure justice sociale aux minorités ?», s’est-il  demandé.  Aussi, il s’est interrogé : «Qui peut bien en avoir peur ?» Par conséquent, le leader de l’Opposition a soutenu l’importance de faire un sondage sur l’emploi dans le public comme dans le privé.

«Nous ne voulons pas diviser ce pays»

Dans la même foulée, il s’en est pris aux membres de l’Electoral Boundaries Commission (EBC)

«Les membres méritent jusqu’à la prison pour avoir violé la Constitution», a soutenu Xavier-Duval. Selon lui,  les membres de l’EBC doivent être remplacés, «car ceux qui y siègent ont failli à leur tâche.»

Xavier-Luc Duval a argué que la circonscription no 14 (Savanne/Rivière Noire) aurait dû avoir six députés, vu le nombre d’électeurs. « Ensuite, les racistes viennent nous dire de mettre 60 candidats. On ne peut pas le faire, car on nous a déjà volé au découpage», s’est-il insurgé.

Toujours sur cette question d’ethnicité, le leader des Bleus a dit noter: «Premye minis sa pei la bisin sorti depi enn sel kalite dimunn, enn sel kalite kast»

Le Premier ministre ne s’est pas fait attendre pour donner la réplique à Xavier-Luc Duval. «Non au recensement ethnique. Nous ne voulons pas diviser ce pays»,  a maintenu Pravind Jugnauth à maintes reprises, lors de ses différentes sorties publiques, ces jours-ci. Revenant à la charge, à l’Aapravasi Ghat dans le cadre des célébrations, marquant le 184e anniversaire de l’arrivée des travailleurs engagés à Maurice, le 2 novembre, Pravind Jugnauth a expliqué : «Kan bann anset ti vini dan bato pas ti ena etni, kaste, kominote et face a adversiter zot ti marier piker ansam. Ti ena solidarite ek linite. Et bann fors kolonial pann kapav diviz zot. Zot ti ena enn konviksion et inn get dan mem direksion. Bizin inspire nou de nou bann anset. Ki manier zot ti ena konsians kinn evoluer dan la politik.»

S’inspirer de l’histoire

Cela avant d’ajouter : «Fodre pa ki ena dimoun tenir enn langaz ki pou diviz la popilasion», a affirmé le Pravind Jugnauth lors de son discours à l’Aapravasi Ghat. Il a exhorté la population de s’inspirer de l’histoire. «Il ne faut pas croire que ce qui s’est produit dans le passé ne pourra pas se reproduire à nouveau», a-t-il prévenu. Cela avant de marteler : «Malerezman ena dimoun ena mentalite kolon.» Aussi, il a lancé un appel à la population pour qu’elle s’inspire «des valeurs et des principes.»

En emboitant le pas au premier ministre, le ministre de la Sécurité sociale et de l’Environnement, Etienne Sinatambou a salué la position du cardinal Maurice Piat, chef de l’église catholique et celle de l’archevêque Ian Ernest, chef de l’église anglicane, à Maurice, lors d’une conférence de presse du gouvernement, samedi 3 novembre.« Nous nous alignons sur ce que le cardinal Maurice Piat a dit lorsqu’il qui s’est prononcé, à juste titre, contre le recensement de la population sur une base ethnique », a affirmé Etienne Sinatambou. Ainsi, il a fait référence à la récente déclaration du cardinal Maurice Piat, sur le site du diocèse, se disant contre le recensement ethnique à des fins électorales.

 «Nous devons rester unis»

 « L’archevêque Ian Ernest a aussi pris position de manière catégorique contre un recensement de la population sur une base ethnique. Je suis tout à fait d’accord quand il dit que l’église n’accepte pas la division. C’est la position du gouvernement. On ne veut pas de la division », a-t-il renchéri.

Etienne Sinatambou s’est dit attrister par la prise de position de Xavier-Luc Duval, qui a parlé de communauté. « Ce sont des propos qui peuvent être mal interprétés. Je fais appel à sa conscience. Il ne faut pas venir enflammer, diviser et fragmenter la population », a-t-il dit.

De même, le leader du Parti Travailliste, Navin Ramgoolam qui se trouvait, à Isidore Rose, Flacq, le 3 novembre, s’est montré critique: «Ceux qui veulent un recensement sont des diviseurs. Nous devons rester unis»

Dès son côté, le leader du MMM, Paul Bérenger, a été l’un des premier au cours de ces dernières à récuser l’argumentation de Xavier-Luc Duval. «Le recensement ethnique sera un recul qui ouvrira la boite de pandore», a-t-il réitéré. Revenant à la charge sur ce débat sur le recensement ethnique, lors de sa conférence de presse, samedi 3 novembre, l’ancien Premier ministre Bérenger a insisté de faire une distinction entre recensement ethnique et communauté créole.

«Reconnaissance»

«Ce sont deux choses distinctes entre recensement ethnique et avec ses spécificités et ses problèmes récurrents, ainsi que d’énormes retards accumulés datant de l’époque de l’indépendance que le pays doit rattraper», a fait remarquer le leader du MMM. «Il faut reconnaître cette communauté créole, comme l’existence de la communauté hindoue,  musulmane, ou chinoise», a maintenu Paul Bérenger. En parler, ne  signifie pas de faire du communautarisme, «mais comprendre que les créoles réclament leur reconnaissance», a-t-il argué.

«Toutefois, réclamer en 2018, un recensement ethnique est totalement dépassé. Ce sera un recul. Cela ne servira à rien», a-t-il dit. Si on doit aller dans ce sens, il faudra recenser toutes les autres communautés existantes. D’où le risque d’ouvrir la boite de pandore, a-t-il soutenu.

 

Xavier-Luc Duval esseulé sur le recensement ethnique

 

 

 

 

 

 

Journaliste comptant plus de 33 années d’expérience dans la presse écrite à Maurice. Responsable du Desk politique à Inside News. Passionné de lecture, de la musique et des réseaux sociaux.