Sesungkur, Bholah et Tarolah…il y a des coïncidences qui ne trompent pas

Sudhir Sesungkur, Sunil Bholah et Kalyan Tarolah… En l’espace d’une année, ces trois élus se sont vus impliqués dans de drôles d’affaires, certes de nature différente, mais elles ont un dénominateur commun : le chiffre 10. Ils sont tous issus de la même circonscription, celle de Montagne Blanche/Grande Rivière-Sud-Est (No. 10). L’autre dénominateur : le rouge-bleu. Les avocats sont issus de l’opposition. Hasard ou coïncidence ? Si ce n’est pas Akil Bissessur, c’est Yatin Varma, proche du Parti travailliste ; ou alors Vikash Teeluckdharry, ancien « rouge » qui a viré au « bleu ».

Voyons les faits de façon chronologique.

Vendredi 28 juillet 2017
Services financiers : Plusieurs possibilités d’échanges explorées à Dubaï
Une enseignante allègue que le ministre Sudhir Sesungkur aurait envoyé des messages indécents

Pamela Seedheeyan, enseignante de profession, porte plainte au Central Criminal Investigation Department contre Sudhir Sesungkur, nommé ministre de la Bonne gouvernance et des Services financiers un mois après la démission de Roshi Bhadain du Parlement. Elle reproche à ce dernier, élu en tête de liste au No. 10 en décembre 2014, de lui avoir envoyé des « messages indécents ». Ce qui s’apparente, selon les dispositions de la loi, à un cas de harcèlement. La présumée victime retient les services de Me Vikash Teeluckdharry. L’affaire est toujours en cours et elle a même été évoquée cette semaine par le leader de l’opposition lors de sa PNQ.

Qui est l’avocat ? Me Vikash Teeluckdharry.

Frère de Sanjeev Teeluckdharry, celui qui a cédé sa place de Deputy Speaker après la publication du rapport Lam Sham Leen, il était connu d’être un membre du Parti Travailliste jusqu’à ce qu’il claque la porte du parti en décembre 2014. Depuis quelque temps, il a rejoint le PMSD. Il est très actif dans la circonscription No. 6.

Lundi 2 octobre 2017
Kalyan Tarolah est lui mêlé à une affaire de sextos.

Latchmee Devi Adheen, 26 ans, porte plainte contre Kalyan Tarolah, élu en troisième position à Montagne Blanche/Grande Rivière-Sud-Est et Private Parliamentary Secretary du gouvernement. Au centre de l’affaire, des ‘sextos’ échangés entre le parlementaire et la plaignante, qui a déclaré en guise de motif des messages qu’elle nourrissait l’espoir d’obtenir un emploi à MT. L’habitante de Quatre-Sœurs avait consigné sa déposition en compagnie de son avocat, Me Akil Bissessur. Elle soutient que des messages avaient été envoyés lorsque l’Assemblée nationale siégeait.

Qui est l’avocat. Me Akil Bissessur?

L’homme de loi, qui est membre du “panel juridique” du Parti travailliste (PTr), s’est fait remarquer en février 2016 en logeant une demande de revision judiciaire réclamant le gel du versement des allocations mensuelles de Rs 282 000 à sir Anerood Jugnauth en tant que Premier ministre. La plainte a été rejetée en avril de cette année par le Chef juge Kheshoe Parsad Matadeen et le juge David Chan Kan Cheong.

Lundi 20 décembre 2017

Sunil Jhugroo, ex-président du caretaker board du Vacoas Multipurpose Cooperative Society jure un affidavit contre le ministre de l’Industrie et des Coopératives, Sunil Bholah. Il l’accuse de s’être ingéré dans la vente d’un terrain de 37 arpents, situé à Flic-en-Flac, de ladite société coopérative, alors que l’assemblée générale se serait prononcée contre. Cette affaire fait actuellement l’objet d’une enquête de l’Independent Commission against Corruption (ICAC). La semaine dernière le ministre a tenu une conférence pour démentir les faits qui lui sont imputés dans l’affidavit de Sunil Jhugroo.

Qui est l’avocat ? Me Vikash Teeluckdharry (voir plus haut). Il assiste Sunil Jhugroo dans cette affaire.

Dimanche 22 juillet 2018

Sudhir Sesungkur, ministre de la Bonne gouvernance et des Services financiers, est cette fois au centre d’une histoire d’agression. Rasesh Ramprosand, un caméraman allègue avoir été giflé par le ministre lors d’un mariage à Sébastopol. La présumée victime a consigné une déposition au CCID et a participé à une parade d’identification aux Casernes centrales. Le ministre nie les accusations faites contre lui.

Qui est l’avocat ? Me Yatin Varma.

Ce dernier, ancien Attorney General de l’ancien régime travailliste et également membre de l’exécutif du Ptr, défend les intérêts du jeune caméraman. Ce dernier avait, lui-même, été impliqué dans une histoire d’agression alors qu’il était ministre. Mais l’accusation d’agression physique sur la personne de Florent Jeannot, à la suite d’un accident de la route, a été rayée.

Dans les cas cités plus haut, aucune charge n’a été retenue contre les élus de la circonscription No. 10. Il faudra certainement que la police boucle son enquête et qu’une Cour de justice établisse les faits allégués. Le temps nous dira si le choix des avocats des dénonciateurs n’était qu’un pur hasard ou, confirmera-t-elle ce vieux dicton nous rappelant souvent qu’il y a « des coïncidences qui ne trompent pas… »

Le temps nous confirmera aussi si une opération stratégique du genre « déblayage de terrain » ne serait pas en cours en vue d’ouvrir la voie du No. 10 à un high profile candidate qui, selon les médias, envisage d’y déposer ses valises. Et si c’était lui le troisième dénominateur commun ?

Vu par l’observateur Jocelyn Chan Low 

«Navin Ramgoolam a posé un pied stratégique au No 10»

L’Associate Professor à la retraite et l’observateur politique, Jocelyn Chan Low, dans une déclaration à Inside News affirme que l’ancien Premier ministre et leader du Parti Travailliste, battu à plates coutures dans son fief au No 5 (Pamplemouses/Trioklet), lors des élections générales de 2014, «a posé un pied stratégique dans la circonscription No 10 (Montagne/Grande Rivière Sud-Est)»

«Si jamais, il y a une élection partielle dans cette circonscription, il est fort probable que Navin Ramgoolam soit élu. Pravind Jugnauth se méfie de ça»,  soutient Jocelyn Chan Low. Faisant une analyse de la situation qui prévaut au No 10, l’observateur politique affirme que cette circonscription est particulière de par son profil sociologique.

L’historien Jocelyn Chan Low.

«De par son profil sociologique, Montagne Blanche/GRSE a une population spécifique. En 1976, on a vu l’élection d’Azize Asgarally en tant que député du MMM. En 2000, 2005 et 2010, Ajay Gunnesh du MMM y a été à trois reprises. En un mot, c’est une circonscription assez divisée. On a souvent des votes panachés. Très rarement, on a des résultats 3-0. Très souvent, on a des résultats 2-1 dans un camp ou dans l’autre», explique l’historien Jocelyn Chan Low.

Soulignant que les électeurs de No 10 sont très exigeants, il fait remarquer que l’ancien ministre du PTr, Rajesh Jeetah n’avait pas eu l’investiture de son parti aux élections générales de décembre 2014.

Dans la conjoncture actuelle, Jocelyn Chan Low affirme que les trois élus de No 10, en l’occurrence les ministres Sudhir Sesungkur et Sunil Bholah et le PPS, Kalyan Tarola sont confrontés à des difficultés, comme mentionnées plus haut.

«Par conséquent, Navin Ramgoolam  a commencé à labourer le terrain dans cette circonscription. Toutefois, toujours est-il qu’il ne faut nullement sous-estimer le Labour revival à Pamplemousses/Triolet», notre l’observateur politique. Une telle situation, selon lui, exerce davantage de pression sur les trois élus. «Par ricochet, la scène politique atteint le leadership de Pravind Jugnauth. Depuis le début de 2018, le Premier ministre mène une campagne pour soigner son image et consolider ses capacités de leadership. Mais, il est incapable de mener au bout de la baguette ces trois élus», avance l’Associate Professor à la retraite avant d’ajouter : «Cette situation le fragilise, cela dans la mesure que lorsqu’il essaie d’instaurer l’ordre et la discipline, il y a de menaces de démissions. Cela affaiblit le MSM…»

 

Sesungkur, Bholah et Tarolah…il y a des coïncidences qui ne trompent pas