Politique : Ramgoolam et les « Judas »

Navin Ramgoolam, leader du Parti travailliste, met les imperfections et les couacs de son propre parti sur le dos du MSM. Selon lui, les voix discordantes qui s’élèvent au sein du PTr et qui demandent la remise en question de son leadership et de la façon dont son parti fonctionne, ne serait rien d’autre que l’œuvre du MSM. Il qualifie ces travaillistes qui osent le critiquer de « Judas ». Donc, Ramgoolam affirme que c’est le MSM qui sèmerait la zizanie dans les rangs du PTr. Soit ce qu’il dit est vrai et donc le MSM serait un parti ultra puissant et, par extension, le Parti travailliste serait ultra faible ; soit Navin Ramgoolam essaie de trouver un bouc émissaire pour cacher ses propres faiblesses et manquements en tant que leader du plus vieux parti politique encore en activité à Maurice.

Les indications sur le terrain politique sont claires. Navin Ramgoolam est un leader usé par plus de trois décennies de leadership. Arrivé à la tête du PTr en 1990, Ramgoolam n’est plus le Navin d’antan. Deux défaites consécutives du PTr aux élections générales de 2014 et de 2019 – les deux fois il n’a pu lui-même se faire élire, que ce soit au no. 5 ou au no. 10 – auraient laissé une coque vide là où auparavant il y avait un leader politique plus percutant et flamboyant. Navin Ramgoolam a fait son temps à la tête du PTr. Tous les travaillistes le savent, sauf que la majorité des Rouges hésitent encore à le lui dire ouvertement. Exception faite de quelques rares membres du PTr plus hardis, comme Yatin Varma ou Satish Faugoo récemment. Des travaillistes qui ont été immédiatement traités de « Judas ».

C’est une constance à Maurice. Les membres des bureaux politiques et autres comités centraux des différents partis politiques de premiers plans hésitent longuement avant de dire un mot de travers ou d’exprimer une opinion qui n’irait pas dans le sens que prône leur leader. On le voit au MMM et au PTr surtout, moins au MSM. Le MMM n’est plus au pouvoir depuis 2005. Cela fait maintenant 18 ans. Le PTr n’est plus au gouvernement depuis 2014, c’est-à-dire neuf ans maintenant. Ces longs passages dans l’opposition expliquent sûrement les voix discordantes au MMM et au PTr.

Les Mauves ont connu et connaissent toujours des défections et des remous dans leurs rangs. Les Rouges commencent à ressentir les effets d’être dans l’opposition depuis deux mandats. Ce qui laisse penser que les « Judas » et autres « traitres », dont les départs seront qualifiés de « bon débarras » par les leaders des Mauves et des Rouges, vont commencer à devenir légion à mesure que s’approche la date des prochaines échéances électorales. Mettre ces départs et ces remises en question des modes de leadership sur le dos du MSM serait trop facile. C’est faire preuve de mépris envers ces politiciens rouges et mauves, qui ont des fois tout donné pour le parti et qui, avec raison, ne veulent plus voir leur parti respectif sombrer dans un précipice.

Conseil gratuit et désintéressé : au lieu de traiter de « Judas » ceux qui osent dire leurs quatre vérités aux leaders ou ceux qui s’en vont ailleurs faute de voir des changements au sein de leurs partis, les leaders devraient plutôt apprendre à les écouter et à tirer des leçons de leurs observations politiques. Leur parti en sortira grandi et plus renforcé. Mais nous savons tous que certains leaders auraient un ego surdimensionné. Ils n’en feraient rien. Ce qui laisse augurer de beaux jours pour les « Judas » en devenir !

Sunil Gohin                    

CEO de Wazaa FM et d’Inside News

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