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La presse mauricienne : 250 ans d’histoire

Le journalisme est un métier noble. Depuis les temps anciens, la communication, orale et sonore puis écrite et visuelle – avant d’adopter d’autres formes, a rythmé la vie des humains. Le besoin d’informer et de transmettre des informations, qu’elles soient importantes ou futiles, est inhérent à notre civilisation. De ce lot, le journalisme occupe une place à part, une position importante qui lui permet tant à la fois d’influer sur des événements d’ordre citoyen que sur des intérêts bassement primaires. Le journalisme, si bien exercé selon les codes de déontologie intrinsèques au métier, est très noble. Le revers de la médaille existe aussi, avec des faillites journalistiques retentissantes. Cependant, bon gré mal gré, nos citoyens doivent être fiers de voir qu’en ce 13 janvier 2023, le journalisme mauricien célèbre ses 250 ans d’existence.

En effet, le 13 janvier 1773, paraissait dans l’ancienne Isle de France un journal, une gazette comme on disait à l’époque, appelée « Annonces, Affiches et Avis divers pour les colonies des Iles de France et de Bourbon ». Ce journal, le tout premier de l’hémisphère sud et qui fait remonter l’histoire de la presse mauricienne à une des plus anciennes du monde, fut fondé et édité par le Français Nicolas Lambert. Qui dit journal dit aussi une machinerie pour imprimer le papier et ce fut l’Intendant Pierre Poivre qui fut à l’origine de l’installation de la première presse de l’île.

Depuis 1773, la presse mauricienne a beaucoup évolué. D’un journalisme partisan ou militant sous les ères coloniales, la presse locale a connu les pressions, voire la répression des différents maîtres du pays au fil du temps. La presse mauricienne a vu une floraison de différents titres, aujourd’hui disparus alors que quelques-uns, contemporains, se revendiquent de certains journaux d’un autre temps. La période pré-Indépendance, ainsi que celle post-Indépendance, ont grandement influé sur le journalisme local.

La presse occupe divers rôles au sein de la société. Elle a pour buts, entre autres, ceux d’informer la population sur toutes décisions susceptibles d’influer sur le cours de leur vie, d’aider à l’éducation des citoyens, de leur offrir des aperçus différents et contradictoires sur des sujets d’intérêt national, de divertir et de rendre les gens heureux, de transmettre des valeurs citoyennes ou encore d’agir en chien de garde contre d’éventuels dérapages des autorités ou d’autres entités qui se trouvent en position de force dans des instances de décisions. La presse est en quelque sorte un support sur lequel le lecteur-citoyen peut s’appuyer tout le long de sa vie.

La presse, le journal papier, a pendant longtemps marqué la vie des Mauriciens. On achetait un quotidien du matin ou un qui paraissait l’après-midi pour connaître les dernières nouvelles locales ou internationales. De même, les hebdomadaires étaient vénérés car, si on avait raté certaines informations durant la semaine ou si on n’avait pas les moyens de s’acheter un quotidien, on pouvait se rattraper le samedi ou le dimanche, avec un journal plus étoffé et complet.

Cependant, à chaque apparition d’une nouvelle technologie de communication et d’une autre qui influe sur l’essence même de la communication, la presse traditionnelle subit directement et indirectement des coups. L’apparition de la radio et de la télévision tout comme celle de l’informatique et des technologies de l’information et de la communication modernes ont ainsi grandement influé sur le journalisme. Le développement de l’Internet, des outils de messagerie instantanée ou des réseaux sociaux ces dernières années a obligé la presse traditionnelle à faire sa mue et à s’adapter. Sous peine de disparaître à tout jamais.

De nos jours, le métier de journalistes ne se limite plus aux professionnels du genre mais s’est ouvert aux citoyens en général. Nous vivons désormais à l’ère du journaliste-citoyen qui, smartphone à la main, transmet l’information à tout le monde, amis ou inconnus, rien qu’en faisant bon (ou mauvais) usage d’Internet. Ce qui fait que personne n’est à l’abri de la désinformation ou de la fausse information voire des infox ou autres « fake news ». D’où sûrement l’importance du journaliste professionnel qui veille toujours sur la véracité et la pertinence de ses informations. 250 ans après l’apparition du premier journal mauricien et malgré un monde de la communication en constante évolution, la presse locale a, espérons-le, encore de beaux jours devant elle.

Sunil Gohin

CEO de Wazaa FM et d’Inside News

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