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SOCIÉTÉ : pourquoi jeunesse ne rime plus avec richesse

Un chef d’entreprise d’une boîte qui a pignon sur rue et qui se trouve à la Cybercité a récemment partagé l’expérience ahurissante que son directeur des ressources humaines a fait. De jeunes diplômés mauriciens, certains ayant d’excellents résultats académiques, venus passer une entrevue en vue de se faire embaucher, ont carrément flingué leur entretien, n’arrivant pas à s’exprimer convenablement. D’autres ne connaissaient manifestement pas les usages liés au monde professionnel : vêtements et tenues inappropriés, hygiène douteuse, langage irrespectueux, et même des actes de vandalisme commis dans les toilettes et la salle d’attente de l’entreprise.

Ces jeunes, qui pourtant, sur papier, sortent de « bons » collèges et ont obtenu des notes universitaires plus qu’honorables, ne savaient pas comment se comporter en situation d’entretien. Le chef d’entreprise affirme que c’est une situation qui se généralise et que notre jeunesse ne serait plus synonyme de richesse. Il dit que cela touche le secteur privé, mais aussi le secteur public. Certes, il ne faut pas généraliser, car tous les jeunes ne sont pas logés à la même enseigne mais de plus en plus d’employeurs dénoncent le niveau décevant de nos jeunes demandeurs d’emplois.

Un autre directeur de compagnie affirme, lui, que des jeunes, avec ou sans expérience professionnelle, viennent aux entrevues sans aucune préparation ni recherche préalable sur la société recruteuse ou sur le travail offert. D’autres encore laissent clairement voir qu’ils auraient aimé être ailleurs qu’à l’entretien quand ils ne disent carrément qu’ils ne voulaient pas travailler, mais que leurs parents les avaient obligés à faire acte de candidature. Que se passe-t-il avec nos jeunes ?

Il nous faut remonter à la source du problème. Certains professionnels affirment que notre système éducatif gagnerait à accorder plus d’espace aux élèves pour l’analyse, l’introspection, l’art de la rhétorique, la réflexion, l’empathie, la discussion ou la prise de parole en public. Dans sa forme actuelle, l’éducation n’encouragerait pas la pensée de s’exprimer librement. Centré sur les examens écrits plus que sur l’oral, notre système éducatif très codifié n’autorise que peu de liberté de parole et d’expression.

Ce qui fait que beaucoup de jeunes finissent le secondaire en étant timides, maladroits en société, renfermés et repliés sur eux-mêmes. Ils n’ont presque jamais été encouragés à partager leurs pensées et ne savent pas s’exprimer convenablement sur des sujets divers et variés. Résultat : ces jeunes, lâchés dans un environnement professionnel, sont perdus. Ils vont faire n’importe quoi et, n’ayant aucune connaissance du monde du travail, ils finissent par plomber leur chance de carrière.

Cela dit, il y aussi toute une mentalité à revoir. Les parents doivent eux aussi jouer le jeu et assumer leur part de responsabilité. Transmettre la connaissance et le savoir ne doit pas reposer uniquement sur les épaules des enseignants. Les parents sont tenus d’expliquer les usages du monde professionnel à leurs enfants. Il faut discontinuer avec la pratique d’assister le jeune adulte comme s’il était toujours un enfant. Des parents qui laissent le jeune qui en a fini avec l’éducation académique vivoter à la maison et qui encouragent l’oisiveté de leurs rejetons doivent revoir leurs copies.

Ces jeunes grandissent avec l’idée que la vie est facile, que l’effort ne sert à rien, que le respect est démodé, que le travail assidu et le dévouement sont passés de mode. Dans leur grande majorité, ces jeunes ne veulent pas apprendre de ceux qui ont l’expérience, veulent des emplois très bien rémunérés, mais, paradoxalement, veulent passer moins d’heures au boulot ; ils changent de travail comme ils changent de sous-vêtement, n’ont aucun esprit d’équipe, ne veulent prendre aucune initiative et ont une susceptibilité à fleur de peau.

Tout cela n’est pas très reluisant. Nous nous vantons de pouvoir compter sur nos jeunes pour prendre la relève et assurer l’avenir du pays. Savons-nous seulement qu’année après année, nous voyons une fuite de nos meilleurs cerveaux vers d’autres contrées plus attractives et plus compétitives ? Les Mauriciens savent-ils seulement qu’il y a des secteurs économiques qui peinent à recruter, faute de candidats de valeur ou qui sont motivés ?

Les responsables de plusieurs secteurs: boulangerie; textile ; construction; manufacturier; agriculture ; restauration; métiers du bois et du fer ; entre autres, sont obligés de se tourner vers la main-d’œuvre étrangère s’ils veulent maintenir leurs entreprises à flot. Même les « white collar jobs » sont concernés, des chefs d’entreprises songeant sérieusement à s’ouvrir vers des étrangers plus « work-conscious ». Prenons donc nos responsabilités avant qu’il ne soit trop tard…

Sunil Gohin
CEO
Wazaa FM & Inside News

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