Edito

Rentrée scolaire : répondre aux attentes du secteur

Ce lundi, l’éducation publique fait sa rentrée. Surtout en ce qui concerne le primaire et le secondaire, avec les tous petits de Grade 1 et les grands de Grade 7 qui découvrent un nouvel environnement scolaire. Cette rentrée scolaire 2023 marque aussi le retour à la « normalité » d’avant la Covid-19, avec les trois trimestres habituels entrecoupés de leurs périodes de vacances respectives. Les enseignants, les écoliers, les collégiens, le personnel administratif et non-administratif vont se remettre à la tâche en vue d’apporter lumières et connaissances à leurs élèves. Le tout sous la supervision du ministère de l’Education, dont la ministre de tutelle est Leela Devi Dookun-Luchoomun. Il s’agit avant tout, pour toutes les parties prenantes, y compris les parents, de répondre aux nombreuses attentes du secteur.

Les attentes sont en effet grandes. L’éducation reste un des piliers majeurs du développement. C’est le moteur qui dicte le rythme de progression ou de régression d’une société. C’est pourquoi il est important que la population mauricienne comprenne l’importance de l’éducation, qu’elle soit académique, professionnelle, formelle ou informelle. Un enfant éduqué convenablement aura toutes les chances de percer et de s’implanter fermement dans la société dans laquelle il vit. Une bonne éducation permet aussi de faire tomber les barrières autour de soi. Elle permet à la personne qui possède connaissances et capacités cognitives de bouger vers d’autres pays, d’autres sociétés ; de vivre d’autres aventures et de connaître de nouvelles expériences.

Les défis du secteur éducatifs sont vastes. Certains sont pressants, comme le travail à court et moyen terme en vue d’apporter la connaissance – académique, technique, pratique, etc. – aux élèves et de les tester à la fin de la période d’apprentissage. D’autres défis sont plus difficiles à quantifier, car ils relèvent d’autres compétences chez l’apprenant qui demandent des attentions différentes, telles que l’éducation sociale, les bonnes manières, l’éducation à la sexualité, l’orientation vers des technologies émergentes, le choix des carrières futures, la connaissance de soi, l’intégration au sein de la société, et tant d’autres aspects de l’éducation auxquels parents et enfants ne pensent pas forcément.

Maurice fait face à une population vieillissante. Le taux de natalité chute année après année. Nous le voyons dans les statistiques des élèves qui passent les examens phares au primaire et au secondaire. Le nombre de candidats baisse. Que faire ? Que proposer aux parents en termes d’éducation appropriée pour leurs enfants ? Comprend-on qu’il nous faut non seulement bien former nos jeunes, mais surtout, tout faire pour retenir nos bons éléments à Maurice et ralentir ainsi la fuite de nos meilleurs cerveaux vers d’autres contrées ? Maurice a besoin de bras et de cerveaux jeunes et vigoureux pour arriver à surmonter les défis socioéconomiques et technologiques qui nous guettent.

Pour réussir cela, il nous faut une éducation adaptée aux exigences de notre temps. On ne peut plus continuer à offrir à des élèves de 2023 le même modèle d’éducation qui existait en 1983 ou en 2003. Le monde change à un rythme effréné mais on a l’impression qu’à Maurice, les infrastructures scolaires (bâtiments, salles de classe, matériels scolaires et technologiques), les cursus académiques, la formation des profs, les méthodes d’enseignement sont restés les mêmes, ou presque, que ceux qui existait il y a trente ans.

Bien sûr, il y a eu des réformes du secteur éducatif depuis des dizaines d’années. Mais ces réformes n’ont pas toutes duré dans le temps, la faute à des changements de gouvernements ou de stratégies politiques. Ce qui fait que des fois, on a l’impression que l’éducation, surtout académique, n’arrive pas à coller avec les réalités du monde professionnel. D’où la disparité entre les opportunités d’emplois et les compétences académiques de nos enfants.

Le monde professionnel le vit quotidiennement : les jeunes qui entrent sur le marché de l’emploi ne sont pas tous armés pour faire face aux exigences du secteur. Même ceux qui ont des diplômes et autres distinctions académiques n’arrivent que très difficilement à s’intégrer au monde du travail. Beaucoup n’ont pas la maturité voulue et d’autres n’arrivent pas à fonctionner comme des personnes sociales. L’éducation formelle doit savoir palier ces manquements. Il ne s’agit plus de passer des examens et d’avoir de bons résultats. L’accent doit aussi être mis sur l’aspect humain de l’apprenant et de sa faculté à s’intégrer dans la société qui l’entoure.

Seul, le ministère de l’Education ne pourra pas répondre aux attentes du secteur éducatif. Il lui faut l’apport et le soutien des parents, de la société, des décideurs du secteur public et privé, de la diaspora mauricienne basée partout dans le monde, entre autres. Nous devons nous ouvrir au monde, regarder ce qui se fait de meilleur ailleurs et intégrer cela dans notre secteur éducatif. Nous avons déjà raté certaines étapes – comme la démocratisation de l’informatique et de son apprentissage. Il nous faut rattraper ces retards si on veut passer à d’autres étapes de notre développement. Notre avenir dépend de la qualité de l’éducation que nos jeunes reçoivent.

Sunil Gohin

CEO de Wazaa FM et d’Inside News

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