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ÉDITORIAL : Sherry Singh, naïf ou calculateur ?

On ne badine pas avec la sécurité de l’État. Le chef du gouvernement a le devoir d’étudier toutes les possibilités visant à offrir une meilleure protection aux Mauriciens. Pravind Jugnauth a, hier, donné plus de détails sur la teneur de l’appel téléphonique d’avril dernier entre l’ancien CEO de Mauritius Telecom, Sherry Singh, et lui. Après sa réponse faite au Parlement, mardi, le Premier ministre réaffirme le fait qu’il n’a jamais été question de faire une tierce partie faire du « sniffing » ou des « interceptions » à Maurice. Quels seraient alors les vraies raisons du départ de Sherry Singh ?

Prenant Sherry Singh à contrepied, le PM affirme qu’il s’agissait plutôt d’une affaire tournant autour de la sécurité de l’État et qu’il avait demandé que MT autorise une équipe technique indienne à mener une étude à la Landing Station de Baie Jacotet. Ce que Sherry Singh a fini par autoriser.

Alors, d’où sortent les allégations portées contre le PM ? Pourquoi de telles allégations ? Pourquoi Sherry Singh ne s’est-il pas rendu à la police le jour même de la conversation s’il était tellement choqué ? Pourquoi avoir surtout attendu plus de deux ans avant de démissionner si les relations n’étaient plus au beau fixe entre le PM et lui ? Avait-il des affaires inachevées qu’il lui fallait conclure ?

Sherry Singh et Huawei

Certains éléments de réponse se trouveraient dans une affirmation de Sherry Singh. L’ancien no. 1 de MT avance que 65 % des équipements technologiques de la société étatique dépendent de la technologie du géant chinois Huawei. 65 %. Un pourcentage inquiétant quand l’on sait que nombre de pays et de multinationales ont déjà banni l’équipementier chinois de leur réseau 5G et que beaucoup d’autres vont bientôt en faire de même ou vont durcir leurs approches face à Huawei. Sherry Singh, lui, ne trouvait rien à redire.

On le sait, ces pays et autres sociétés multinationales reprochent à Huawei de faciliter des opérations d’espionnage sur les réseaux. Quelqu’un a parlé de « sniffing » ? Sommes-nous déjà « sniffés » sans qu’on le sache puisque, comme le dit Sherry Singh, MT opère avec 65 % des technologies de Huawei ?

Sait-on que le Canada a, pas plus tard que sept semaines de cela, pris la décision de bannir Huawei, afin de ne lui laisser aucune place sur son réseau 5G ? Les opérateurs de télécommunications canadiens vont perdre $500 millions dans cette opération, de l’argent qu’ils avaient investi entre 2018 et 2020 dans les équipements de Huawei. Ces opérateurs doivent cesser d’acheter du nouveau matériel 4G et 5G de Huawei. D’ici deux ans, les équipements de Huawei doivent avoir disparu du réseau 5G canadien.

Le Canada, membre des « Five eyes », qui regroupe aussi les services de renseignement et de sécurité des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, est donc le dernier membre de cette alliance à bannir Huawei de leurs réseaux 5G. L’équipementier chinois est suspecté d’installer des « backdoors », des chevaux de Troie, dans ses produits afin d’avoir des accès illégaux aux données. De l’espionnage, quoi.

Outre ces cinq pays, d’autres, comme le Japon et la Suède leur ont emboité le pas. La France a elle aussi une stratégie pour organiser la sortie progressive de Huawei de ses réseaux. Idem pour d’autres pays ou sociétés de télécommunications. Huawei, qui était en 2020 le no. 1 mondial de la vente des smartphones, ne figure même pas dans le Top 5 mondial aujourd’hui. Pourtant, Sherry Singh lui faisait toujours confiance.

Nous savons que Huawei, pour des raisons de « sécurité nationale », n’a plus le droit d’utiliser Android sur ses smartphones. Le gouvernement américain y a veillé. Même Google a rompu ses relations commerciales avec Huawei. Android occupe de nos jours 73 % du marché des OS mobiles alors qu’iOS n’en capterait que 25 %.

Posons-nous donc la question : sachant tout cela au sujet de Huawei et sachant que cela limiterait les offres et services pour les abonnés de my.t, pourquoi Sherry Singh aurait-il voulu maintenir l’équipementier chinois pour le service my.t IPTV ? Le « grand expert en communication » qu’est Sherry Singh serait-il naïf et crédule ou bien serait-il un fin calculateur ? Nous aurons certainement des réponses en temps et lieu.

À lire aussi : Sherry Singh, une sortie planifiée ?

Sunil Gohin : CEO – Wazaa FM & Inside News

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