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DÉVELOPPEMENT SOCIAL – l’autosuffisance alimentaire : une véritable urgence

Nous sommes dans une situation de crise. Cette crise, mondiale, est non seulement au niveau social et économique mais elle est aussi une crise alimentaire. Beaucoup d’analystes, de chercheurs et d’institutions qui suivent l’évolution de la société craignent que les prochains mois, voire les prochaines semaines, seraient très sombres en ce qu’il s’agit de l’approvisionnement alimentaire. Pourquoi, comment, que faire ? Autant de questions dont les réponses, plutôt évidentes, orientent cependant vers d’autres problèmes, plus complexes. Une chose est cependant sûre : Maurice a urgemment besoin de se diriger vers l’autosuffisance alimentaire.

Les Mauriciens le savent : tout augmente. Les prix des denrées alimentaires ont pris l’ascenseur depuis au moins deux ans. Nous connaissons aussi des pénuries d’approvisionnement alimentaire. Certains articles et aliments ont tout simplement disparus des rayons de nos supermarchés. Cela n’est pas en passe de s’arrêter, pour diverses raisons, et l’avenir s’annonce sombre pour nombres de pays. S’alimenter est une nécessité de base. C’est un droit fondamental. Ne pas pouvoir manger à sa faim met la survie de la personne et de la société dans laquelle elle vit en péril.

Qu’est-ce qui explique la crise alimentaire que nous traversons actuellement ? Les causes sont multiples. La géopolitique d’abord. Les différentes zones de guerre, dont celle qui influence plus sévèrement la production et la distribution alimentaire en ce moment – le conflit russo-ukrainien – contribuent à la crise alimentaire. L’Ukraine, surnommé le grenier à blé de l’Europe, est aussi producteur d’autres aliments et d’ingrédients liés au monde agricole et à la grande distribution mondiale. La Russie, qui produit une très grande partie du pétrole et du gaz utilisé par beaucoup de pays, est, depuis plus de trois mois, mis au ban des nations. Les diverses pénuries ont un effet boule de neige sur l’ensemble de la planète.

La crise alimentaire actuelle puise aussi ses racines dans la pandémie de la Covid-19. Les restrictions sanitaires, la fermeture des frontières à divers moments entre début 2020 et fin 2021, le ralentissement économique lié à cette maladie, entre autres, ont fait que les prix des denrées alimentaires atteignent des sommets record. Plus de 20 % d’augmentation entre février 2021 et février 2022, selon la FAO. La guerre en Ukraine et les spéculations financières entraînent une nouvelle vague d’augmentation : plus de 40 % depuis mars.

Nous avons aussi les sècheresses et les inondations causées par le réchauffement climatique qui ont provoqué de mauvaises récoltes. Des pays, notamment en Afrique mais aussi en Asie et en Amérique du Sud, commencent à faire face à des situations de famine extrêmes et à la malnutrition. La hausse constante des prix va aggraver cette crise alimentaire. L’écart entre les riches et les pauvres va croître. Tout le monde n’est pas égal face à l’inflation. Manger à sa faim est déjà une adversité à laquelle bien des populations font face en ce moment.

C’est dans ce contexte d’augmentation rapide des prix et de pénurie de denrées de base que Maurice est entré dans une situation d’urgence sanitaire. Le hic, c’est que la population ne semble pas prendre pleine conscience de sa juste mesure. Pourtant, notre pays a les moyens de se montrer autosuffisant dans la production de pas mal de denrées. Cependant, nous ne sommes toujours pas autosuffisants malgré le fait que la sonnette d’alarme soit tirée depuis au moins les années 70.

Car comment expliquer que nous importons tant de légumes, par exemple, alors que nous vivons dans un pays ayant un très riche passé agricole et des centaines d’hectares de terres arables ? Comment expliquer que nous importons du poisson alors que nous sommes entourés d’eaux poissonneuses ? Comment expliquer que l’élevage de poulets, de bétail et d’autres animaux de ferme soit si négligé ? Comment expliquer que nos jeunes se détournent de l’agro-industrie et de l’industrie de la pêche alors qu’il y a de l’argent à se faire mais aussi des moyens pour rendre Maurice autosuffisant sur le plan alimentaire ? Comment expliquer que le citoyen ne pratique presque plus la culture maraîchère chez lui, dans son petit jardin, dans sa cour ou sur le toit de sa maison ?

Les citoyens de ce pays ont les moyens de rendre Maurice autosuffisant dans une grande partie du secteur alimentaire. Il faut que les Mauriciens, surtout les jeunes, réalisent qu’il nous faut un retour à la terre. Les pénuries actuelles et les augmentations des prix doivent suffire à provoquer ce déclic. Mettons-nous à faire du « market gardening » : produisons ce dont nous avons besoin en cuisine. Ne nous fions pas uniquement aux produits importés.

Les autorités, dont le ministère de l’Agro-industrie, ont déjà mis sur pied des programmes d’aide et de soutien pour ceux qui veulent se lancer dans l’aventure. Saisissons ces chances et travaillons à rendre le pays autosuffisant sur le plan alimentaire. Il y a urgence.

Sunil Gohin
CEO
Wazaa Fm & Inside News

DÉVELOPPEMENT SOCIAL – l’autosuffisance alimentaire : une véritable urgence

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