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Jean-Paul Rebatet (DTN): «A Maurice, on ne prépare pas des internationaux…”

Jean-Paul Rebatet (DTN): «A Maurice, on ne prépare pas des internationaux..."

 Jean-Paul Rebatet (DTN):«A Maurice, on ne prépare pas des internationaux…”
Le basket-ball mauricien n’a jamais pu décoller et encore moins s’imposer dans des compétitions de l’océan Indien. Inside News s’est tourné vers le Directeur technique national (DTN), Jean-Paul Rebatet, en poste à Maurice depuis aout 2016, pour en connaitre les raisons. Le technicien français, qui n’est pas nouveau dans le circuit, nous évoque les structures qui ne sont nullement adaptées pour le développement de cette discipline.

  • Racontez-nous dans quelles circonstances vous avez accepté de prendre la responsabilité du poste de DTN à Maurice ?

Après un parcours avec la sélection nationale du Maroc avec laquelle on a fait un super parcours, j’ai pris en charge quelques équipes pro en France, Choley, Nantes, etc. En parallèle, j’étais responsable de toutes les sélections nationales, des cadets jusqu’aux seniors, à la Fédération française. J’ai pris les fonctions de prof à l’Université de Versailles. Entre-temps, j’ai toujours fait des missions en Afrique, comme le Gabon, l’Egypte, entre autres. J’ai bouclé le parcours pour travailler trois ans au Burkina Faso. A la suite d’une demande de la Fédération mauricienne à la FIBA, j’ai accepté de venir travailler ici.

  • Quelles sont vos responsabilités à Maurice ?

Je suis le DTN. Je donne toute la politique générale du basket local, comme la formation des entraîneurs et je suis responsable de la sélection nationale masculine. Pour l’instant, le personnel de la sélection n’est pas du tout définitif et je suis en discussion avec la Fédération pour savoir quelles sont les personnes qui vont constituer le staff technique.

  • Pourquoi pas la sélection féminine ?

C’est tout simple. Mon contrat me lie à la sélection masculine uniquement.

  • Sur quoi vous travaillez actuellement ?

Je m’attèle pour l’heure à préparer deux listes de 15 noms, une pour la présélection des Jeux des Iles et une autre composée des joueurs de U20, pour les Jeux de la Francophonie.

“On n’a pas la technique de La Réunion ou de Madagascar, mais on a des joueurs de grande taille que les autres n’ont pas.Ce seront autour d’eux que nous pouvons bâtir une équipe performante.”

  • Vous qui connaissez bien l’Afro-basket, comment jugez-vous le niveau du basket-ball mauricien ?

Nous sommes très très loin du niveau africain. Même au niveau de l’océan indien, Maurice a beaucoup de retard à combler. Mais on a deux ans devant nous avant les JIOI. Si on se met au boulot et avec la volonté que j’ai découverte chez les garçons comme chez les filles, on va peut-être pourvoir réaliser quelque chose. On n’a pas la technique de La Réunion ou de Madagascar, mais on a des joueurs de grande taille que les autres n’ont pas. Ce seront autour d’eux que nous pouvons bâtir une équipe performante.

  • S’il y une équipe que vous redoutez particulièrement entre Madagascar, Seychelles et La Réunion, c’est laquelle ?

La moitié de l’équipe de La Réunion joue en Métropole. Les Seychelles et Mayotte montent, Madagascar a une culture de basket. La concurrence ne manque pas. Autant de raisons qui me poussent à travailler dur avec l’équipe pour rehausser le niveau des joueurs. Nous allons d’ailleurs partir avec les U16 en France en avril et je vais en profiter pour faire un tour à la recherche de trois joueurs Franco-Mauriciens que j’ai déjà repérés. S’ils acceptent de porter les couleurs de Maurice, ils renforceront l’équipe sans soucis.

  • Ces trois que vous dites avoir repérés, à quel niveau ils jouent en France ?

Je ne vais certainement pas donner de noms maintenant. Il y en a un qui joue en Pro B, un en National 1 et un autre encore en troisième division. Pour répondre à votre question, un joueur du Pro B en France sera un apport conséquent pour la sélection mauricienne. On ne peut pas préjuger du degré de leur intégration, mais ce qui est sûr est que si on peut avoir ces gars-là, je serais heureux.

  • Vous semblez beaucoup miser sur ces trois joueurs…

Non, pas plus que sur les autres. Mais, au départ ils ont l’avantage d’évoluer dans un niveau supérieur. Je l’ai dit, ici à Maurice on ne prépare pas des internationaux. Il y a trop d’écart entre les équipes. Il y a trop de choses qui ne se font pas ici, tactiquement et physiquement, pour que des joueurs deviennent des internationaux.

“Je vais utiliser de mon pouvoir pour que les clubs aient obligatoirement des équipes de jeunes, composées de garçons comme des filles…A la fédération, il nous faudra imposer. Et Maurice ne sera pas le premier pays où on impose aux clubs de prendre les jeunes”

  • Pensez-vous que les basketteurs mauriciens évoluent dans une structure idéale pour leur épanouissement ?

Honnêtement, non. Premier point, il n’y a aucune équipe de jeunes. On ne peut être performant sans une équipe de jeunes. On parle toujours de la pyramide dont le sommet est l’élite. Je vais utiliser de mon pouvoir pour que les clubs aient obligatoirement des équipes de jeunes, composées de garçons comme des filles. Pourtant, des jeunes il y en a beaucoup ici, même au niveau du basket scolaire. La mise en place d’un centre de formation par exemple est une excellente idée. Mais il en faut plus. Il faut avoir plus de jeunes dans le circuit pour élargir justement la base. Il faudra travailler pour qu’au final toutes les équipes de l’élite possèdent des jeunes dans toutes les catégories, partant de U13 jusqu’aux juniors.

 

  • Y a-t-il des structures administratives à la FMBB pour contraindre les clubs à adopter cette politique de jeunes ?

Si les clubs ne veulent pas le faire, ils ne le feront pas et ils se baseront sur les problèmes d’infrastructures et tout. Mais nous, à la fédération, il nous faudra imposer. Et Maurice ne sera pas le premier pays où on impose aux clubs de prendre les jeunes.

  • C’est pour quand de telles règlementations ?

Moi, en ma qualité de DTN, je vais venir avec la proposition. Si c’est accepté, la FMBB devra faire voter cette loi à l’assemblée de la fédération. Le basket local sera performant s’il intègre les jeunes et ce n’est pas possible autrement.

  • Si vous aviez la possibilité de changer trois choses au niveau de l’administration du basket, quelles seront vos priorités ?

En ordre prioritaire, ce sera la mise en place d’une structure pour les jeunes. Derrière viendra impérativement la formation des cadres. La troisième que j’ai proposée au bureau de la fédération est que tout le monde s’est moqué de la formule du championnat senior qui est actuellement totalement inadaptée. Il faudra une vraie formule construite et lisible pour tous. Actuellement, on ne sait jamais qui et comment cela se fait. C’est incompréhensible de voir que le titre a été remis à une équipe qu’on a tous vu perdre. Il y a quelque chose qui ne va pas. J’ai dit qu’il faut jouer plus et élever le niveau et que les deux championnats doivent être disputés en même temps. C’est absurde de finir le championnat de première division avec 9 matches avant de disputer des barrages contre les formations de la Super League. C’est totalement absurde.

  • C’est quoi l’idéal d’un championnat à votre avis ?

C’est absurde de voir des équipes gagner par 80 points d’écart. Ce n’est bon ni pour le gagnant ni pour le perdant. Il faudra tout revoir. L’idéal pour les joueurs et les spectateurs serait d’avoir des matches serrés. A partir de là, il faudra construire pour rendre les championnats agréables et productifs.

  • Pensez-vous pouvoir mettre en place vos idées ici ?

J’arrive au terme de mon contrat à la fin de juillet prochain. On m’a dit qu’il faut que je reste. Si c’est le cas, j’ai des idées en tête pour démarrer quelque chose à partir de ce que j’ai vu jusqu’ici.

  • Etes-vous partant pour un autre contrat de deux ans ?

Je n’ai pas encore bien réfléchi, mais si la proposition m’est faite, ça peut se faire. Il y a du travail qui reste à faire ici et je me plais dans ce que je fais. Ensemble, on doit réussir quelque chose.

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