Interview

Yayah Paraouty : « on risque de revivre un autre Mai 75… »

Yayah Paraouty : « on risque de revivre un autre Mai 75… »

Yayah Paraouty : « on risque de revivre un autre Mai 75… »

C’est ce que se demande Yayah Paraouty, président de la Union of Private Secondary Education Employees. Dans une interview accordée à Inside News, il a brossé un tableau plutôt gris de la situation éducative au pays.

– Yayah Paraouty, parlez-nous du projet nine year schooling…

Je déplore que le flou total persiste toujours. La plupart des mauriciens ne savent pas quel est le contenu réel de ce projet. Il y a un manque d’information et la communication ne passe pas entre les différents stakeholders de l’éducation. Pour moi, ce projet met en péril l’existence même des collèges privés.

« Même sans le nine year schooling, le doute s’était déjà installé dans l’esprit des protagonistes. Une bonne dizaine de collèges sont dans le rouge. Je peux vous dire que certains managers du privé ne veulent plus investir dans leur collège. La raison : c’est qu’ils n’arrivent plus à attirer des élèves chez eux. Je connais des collèges qui n’ont eu que 5 admissions en forme 1 l’année dernière. C’est le prevoc qui les a sauvés. Mais maintenant que cette formule sera abolie, ce sera la mort certaine pour ces collèges.

– Le bruit court que les collèges Medco ne fonctionnent plus à plein régime. Qu’en pensez-vous ?

Je blâme sévèrement le ministère de l’Education pour sa façon de gérer les collèges Medco. Il y a des établissements qui sont quasiment vides et le personnel est payé pour ne rien faire. Je dois souligner que je ne suis pas contre la fermeture de certains établissements qui ont de très faibles in-take. Je demande tout simplement qu’on vienne avec des projets de redéploiement solides. Il faut trouver un moyen pour remédier à la situation, sans mettre à risque l’emploi du personnel.

– Quel est votre opinion sur la décision du gouvernement de réclamer le frais d’examen aux élèves qui se sont trop absentés pendant l’année ?

C’est un pur « blunder » du ministère de l’Education. On n’a pas le droit de lier le frais d’examen au problème d’absentéisme. Laissez-moi vous dire quelque chose. Ce n’est pas nécessairement ceux qui s’absentent beaucoup qui échouent à leurs examens systématiquement. Si vous analysez les chiffres, vous serez étonné du résultat. Nous évoluons dans un système qui est propre à nous. Dans notre système d’éducation, il y a une pratique qui perdure depuis très longtemps. Le programme d’étude pour la forme V est étalé sur deux ans, commençant avec le début de la forme IV. Ainsi, les enseignants travaillent toujours à un rythme régulier, et, vers le mi deuxième trimestre, le programme est complété. Les élèves ne viendront pas en classe pour ne rien faire de concret. Je pense qu’il faut établir, à partir du 2eme trimestre, un « skeleton Timetable ». Cela donnera l’occasion à ces élèves de venir à l’école avec un but très précis.

– Quelles sont les autres propositions avez-vous à faire pour remédier à la situation ?
Notre système d’éducation est malade. Nous devons revoir notre calendrier scolaire. Par exemple, on a toujours ces vacances qu’on appelle les congés de Pâques. C’est une farce. Il n’y a même pas un congé public pour la Pâques.

– Récemment, la police a interpellé des élèves dans un « Pool House », à l’heure des classes. Qu’en pensez-vous ?

Ecoutez, j’ai entendu parler de cette affaire. Mais il faut aussi savoir que c’était pendant la période d’examen de fin d’année. Quand les élèves ont fini de prendre part au examen, ils sont libres de rentrer chez eux. Mais là, c’est aux parents aussi de prendre leurs responsabilités, et la police aussi joue son rôle. C’est ce qu’elle a fait, en interpellant ces élèves au « Pool House ».

– Comment appréhendez-vous la rentrée 2017 ?

Il y a actuellement un cafouillage dans le domaine de l’éducation. Il n’y a plus de communication entre le ministère, les syndicats et la PSSA. Moi je pense que la rentrée 2017 sera tumultueuse. Tous les partenaires ne sont pas sur la même longueur d’onde. Le ministère prend des décisions sans aucune consultation. Je peux vous dire que le Front Commun de l’éducation compte boycotter la rentrée. Mais ma plus grande crainte c’est que l’éducation à Maurice est en train de reculer au lieu de progresser. A voir comment les choses évoluent en ce moment, je me demande si un autre Mai 75 ne se profile pas à l’horizon ?

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