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L’Union européenne attend « Madame Brexit » au tournant

L’Union européenne attend « Madame Brexit » au tournant

L’Union européenne attend « Madame Brexit » au tournant

La première ministre britannique, Theresa May, participe jeudi à son premier sommet européen. Son plaidoyer pour un « hard Brexit » inquiète Bruxelles et les 27.

Trois mois après son arrivée au pouvoir, Theresa May participe, ce jeudi 20 octobre, à son premier Conseil des dirigeants européens. La première ministre britannique n’est certes pas une inconnue à Bruxelles, où elle a maintes fois représenté son pays en temps que ministre de l’intérieur du gouvernement Cameron. Mais dans ses nouvelles fonctions de « Madame Brexit », c’est peu dire qu’elle est attendue au tournant.

Depuis qu’elle a précisé le calendrier du déclenchement du fameux « article 50 » du traité de Lisbonne, la procédure de sortie de l’Union européenne (UE) sera actionnée au plus tard en mars 2017. Même si certains (ils sont de plus en plus rares) nourrissent encore quelque espoir de retour en arrière, la plupart des Européens semblent désormais avoir pris en marche le train du « hard Brexit ».

Le divorce entre le Royaume-Uni et les vingt-sept autres membres de l’UE aura bien lieu. La négociation commencera officiellement au printemps 2017. Elle sera dure, forcément dure, aucune des parties n’ayant intérêt à faire de cadeaux à l’autre.

Mme May a beaucoup insisté, lors du congrès du Parti conservateur, début octobre, sur sa volonté d’appliquer une des principales revendications des « Brexiters », en instaurant un contrôle des ressortissants européens aux frontières du pays. Tout en espérant que le Royaume-Uni accède au marché intérieur de l’UE.

« Vers une rupture nette »

Du coup, les Vingt-Sept le répètent à leur manière sur tous les tons : impossible d’avoir le beurre et l’argent du beurre. L’accès au marché intérieur et à ses 500 millions de consommateurs est conditionné aux quatre libertés de circulation : des biens, des services, des capitaux et des personnes.

Et tant pis si le Royaume-Uni est l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Allemagne. « Nous allons vers une rupture nette avec Londres », ajoute ce diplomate, fataliste. Vu l’imbrication des économies continentales avec le Royaume-Uni, le jeu risque d’être à somme négative.

Donald Tusk, le président du Conseil, a lui aussi signifié sans détours qu’il n’y aurait pas de Brexit heureux. Dans un discours prononcé le 13 octobre, l’ex-premier ministre polonais a souligné que « la vérité est brutale : le Brexit sera une perte pour tout le monde. Il est inutile de spéculer sur un Brexit soft. »

Maintenir le dialogue

Beaucoup de diplomates européens sont sur leurs gardes. Certains craignent que les Britanniques ne soient tentés par le chantage – par exemple, de bloquer une discussion sur un texte pour obtenir des contreparties. Certains les soupçonnent de vouloir tirer parti des déboires de l’UE. D’autres, de conclure des accords de libre-échange seuls avec le reste du monde, sans plus s’embarrasser des lourdeurs administratives bruxelloises.

« Le risque, c’est que Londres nous fasse porter la responsabilité d’un Brexit dur en disant que l’Europe veut punir le Royaume-Uni », s’inquiète une source européenne de premier plan. Pour l’instant, beaucoup se rassurent en constatant que les diplomates britanniques à Bruxelles restent soucieux de maintenir le dialogue. Ils soulignent que Julian King, le nouveau commissaire britannique chargé de la sécurité, est apprécié pour sa « loyauté », et qu’une partie des déclarations des uns et des autres relève probablement de la posture de négociation.

(Source : lemonde.fr)

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