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Gaming Africain : les développeurs défient l’environnement hostile

Gaming Africain : les développeurs défient l’environnement hostile

Absence de marché, manque de soutien, inexistence d’offre de formation ou de financement…Les créateurs de jeux de vidéo en Afrique défient l’impossible de faire émerger une industrie. Ils étaient venus des quatre coins du monde à Casablanca pour leur grand-messe pour en parler. Décryptage.

L’Afrique pose les premiers jalons d’une industrie du gaming, mais plusieurs défis restent à relever. En tout cas, l’atmosphère au Maghreb Game Conference, la grand-messe des développeurs de jeux vidéo maghrébin, tenue à Casablanca les 15 et 16 octobre, respirait l’espoir.

« Le retard économique et technologique est la première raison pour laquelle l’industrie du gaming est presque absente de l’Afrique. Pourtant, c’est une activité culturelle qui a dépassé de loin le cinéma et la musique en matière de chiffre d’affaires (91 milliars de dollars en 2015). Mais il est intéressant de voir que le contient commence à se développer rapidement. L’apparition de smartphone lowcost y est pour beaucoup », analyse Kate Edwards, présidente de l’association internationale de développeurs de jeux vidéo. « Nous verrons des développeurs et des joueurs apparaitre dans le contient. Beaucoup de jeunes s’adonnent aux jeux, et c’est ce qui fait que la croissance de la consommation est très élevée, mais elle sera axée surtout dans le jeu mobile », ajoute l’américaine.

Parallèlement, des jeux prometteurs fleurissent un peu partout dans la région. En Tunisie, qui a pris une longueur d’avance dans le secteur, « Veterans Online », développé par « Nuked Cockroach Studios » arrive le 14 novembre (son lancement, annoncé initialement en début octobre a été reporté quelques semaines pour quelques soucis techniques). Les voix des connaisseurs du secteur au niveau régional comme mondial s’accordent à dire que ce jeu représente un espoir régional. Sa réussite (fort probable) changera les choses : « tout futur porteur de projet, au niveau régional, pourrait le citer comme référence dans son dossier de financement », estime Cheikhrou Ahmed, CFO du studio. Un palier sera enfin franchi. Mais Veterans ne sera pas le seul. Le Maroc se prépare aussi pour franchir ce palier. Rym Games, un petit studio de 10 artistes, se prépare pour lancer « The Conjuring House ».

Financement ou comment faire face à la traversée du désert

Le studio a bénéficié du financement du Maroc Numeric Fund, fonds marocain d’investissement semi-public centré sur les entreprises digitales, d’une valeur de 2,8 millions de dirhams, soit 259.000 euros, en 2014. Ce jeu de survival horror (aventure/horreur) devrait arriver sur PC et Playstation 4 « au premier trimestre 2017 », annoncent les co-fondateurs de Rym Games, Imad Kharijah et Othman El Bahraoui. Ces derniers ont d’ailleurs croulé sous les applaudissements après avoir présenté la bande-annonce du jeu pendant l’événement. Mais il n’était pas facile d’en arriver là. Ces deux anciens artistes ont été formés puis intégrés dans l’équipe du studio casablancais d’Ubisoft, un éditeur français de jeux vidéo ayant réalisé un chiffre d’affaires de 1,34 milliards d’euros en 2015. Après avoir décidé de se lancer dans le développement de « Conjuring House », la recherche de financement était une véritable traversée de désert. « D’emblée, nous avons su qu’il était complètement inutile de nous adresser aux banques pour nous financer. Avant d’avoir rencontré les gens du MNF, les bailleurs de fonds auxquels nous nous sommes adressé regardaient notre présentation, les yeux ronds. Pour eux, il était fou de se lancer dans une pareille aventure », raconte Imad Kharijah. Mais ce n’est pas pour autant que la partie est gagné. Les deux vieux amis admettent ne pas avoir de budget pour communiquer autour de leur jeu après son lancement. « Nous allons essayer de faire avec les moyens de bords. Nous savons déjà que ça ne sera pas facile. Pour le moment, nous nous concentrons pour sortir un jeu qui sera se défendre grâce à sa qualité », ajoute Kharijah. En même temps, les développeurs se plaignent du manque de soutien gouvernemental. « Il est aberrant que notre petit studio soit traité, fiscalement, comme une entreprise « normale ». D’un côté on prône le soutien de l’innovation, mais mise à part de l’exonération de l’IS relative aux nouvelles structures, nous croulons sous les charges », regrette Kharijah.

Cameroun, l’autre lueur d’espoir

Le Maghreb n’est pas la seule région en Afrique où des mordus du Gaming veulent se lancer dans l’industrie. Au Cameroun, Guillaume Olivier Madiba, le jeune CEO de Kiro’o Games, s’est lancé dans l’aventure qu’est son jeu « Aurion : L’Héritage des Kori-Odan ». Le jeu est disponible depuis le 14 avril 2016 sur la fameuse plateforme de distribution (dématérialisée) de jeux. Depuis son lancement, le jeu ne se vend pas. Il est évident que le public camerounais et africain n’a pas toujours un pouvoir d’achat suffisant avoir un PC, encore moins un jeu vidéo. « Il faut que des médias spécialisés parlent de mon jeu pour qu’il apparaisse dans les radars des joueurs à l’international », admet Madiba, avant d’ajouter « même si je ferme dans deux mois, ce qui est possible, je continuerai à développer les jeux ».

Source : La Tribune

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